On croit souvent que l’écureuil est un petit funambule silencieux. Mais ce que vous entendez dans les arbres n’est parfois ni un oiseau, ni le vent… C’est lui. Et il a bien plus à dire qu’on ne le pense. Ses cris, subtils mais expressifs, révèlent un langage aussi riche qu’étonnant. Prêt à l’écouter autrement ?
L’écureuil est-il vraiment muet ?
Visuellement, l’écureuil donne l’image d’un animal discret. Il bondit, grimpe, grignote, puis repart sans bruit. Pourtant, cette impression est trompeuse. L’animal vocalise bel et bien. Dans les bois ou même en ville, on peut percevoir un cri sec et nerveux fendant l’air. En levant les yeux, on découvre souvent un petit museau roux perché sur une branche.
Mais comment nomme-t-on son cri ?
Contrairement au chant du coq ou au meuglement de la vache, le cri de l’écureuil n’a pas de nom officiel en français. Les spécialistes parlent plutôt de vocalisations ou de jappements. Ce dernier terme revient souvent, car les sons produits par l’écureuil rappellent par leur nervosité certains aboiements canins. Mais attention, il ne s’agit pas de jappements bruyants ! Ce sont des sons secs, saccadés, nerveux et surtout, courts.
Un langage riche en sons
L’écureuil utilise toute une gamme de sons selon les situations. Son répertoire est court, mais expressif :
- Jappements (tchik-tchik-tchik) : sons rapides, souvent répétés en rafale, utilisés en cas d’agitation ou d’alerte.
- Cris aigus : explosifs, parfois suivis de couinements désordonnés sous l’effet du stress.
- Claquements de langue ou de dents : bruit sec de percussion, accompagnant souvent une posture immobile ou un frisson de la queue.
- Grondements sourds : sons graves, étouffés, audibles seulement de près.
- Roucoulades ou roulements gutturaux : doux et réguliers, proches d’un ronronnement, souvent lors d’interactions sociales ou entre mère et petits.
Mais pourquoi crie-t-il ?
Les cris de l’écureuil ont une fonction bien précise. Ils ne sont jamais inutiles.
- Alerter : en cas de danger (chat, rapace, humain), il lance des jappements secs pour avertir les autres et montrer à l’ennemi qu’il a été repéré.
- Dissuader : pour défendre son territoire, il utilise des sons espacés mais tendus, souvent avec des gestes comme une queue fouettante.
- Communiquer : la mère guide ses petits par roucoulades. Deux écureuils s’échangent des roulements calmes lors d’un contact pacifique.
- Exprimer une frustration : dérangez un peu trop un écureuil et il vous gratifiera peut-être d’un cri sec. Une manière directe de dire : “Ici, c’est chez moi.”
Des différences selon les espèces
Le langage sonore varie aussi d’une espèce à l’autre :
- Écureuil roux (Sciurus vulgaris) : typique en France, il jappe fréquemment pour signaler un danger ou marquer son territoire. Son cri est rapide, aigu, et s’accompagne souvent de cliquetis et de mouvements brusques.
- Écureuil gris d’Amérique (Sciurus carolinensis) : plus gros et plus placide, il émet des jappements plus graves, au rythme plus lent. Son “kuk-kuk-kuk” guttural est bien différent du tchik-tchik typique de son cousin européen.
- Écureuil de Corée (Tamias sibiricus) et tamias rayés (Tamias striatus) : leurs sons sont aigus, proches de pépiements. Dans leur monde, on entend plus de sons d’oiseaux que de mammifères !
Pourquoi les entend-on si rarement ?
Il existe plusieurs raisons :
- Volume faible : leurs sons sont discrets, souvent noyés dans le bruit ambiant.
- Moments peu propices : les écureuils vocalisent tôt le matin ou au crépuscule, quand les humains sont moins présents ou attentifs.
- Tendance au silence : si l’écureuil se sent observé, il se fige ou s’enfuit sans bruit. Il vocalise avec prudence.
- Notre inattention : nos oreilles humaines ne sont pas toujours à l’écoute de ce type de son. Et comme ce n’est pas enseigné, on ne pense pas à l’écouter !
Comment écouter les écureuils ?
Patience et observation sont les clés. Installez-vous tôt le matin dans un parc ou à l’orée d’un bois. Restez silencieux. Écoutez. Petit à petit, vous reconnaîtrez peut-être ce “tchik-tchik-tchik” nerveux ou ce bourdonnement doux derrière un feuillage.
Le monde sonore de l’écureuil est là, tout près. Il ne manque que votre oreille pour l’entendre.




